Le courant de l’éducation nouvelle
« Lorsque les pères s’habituent à laisser faire leurs enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien ni personne, alors, c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie.»
Platon (la république) 21
Un phénomène a joué un très grand rôle dans la crise d’autorité que parents et enseignants connaissent aujourd’hui.
Nanchen (2002) en propose une bonne analyse dans sa présentation comparative des principes de l’éducation ancienne et de l’éducation nouvelle. C’est le courant d’idées qui a commencé trop exclusivement l’accent sur l’affectivité dans l’éducation de l’enfant, en lui cédant progressivement sur tout pour qu’il ne soit pas malheureux et en l’empêchant ainsi de vivre l’expérience de la frustration. Un peu partout, on s’est mis à déclarer qu’il ne faut plus éduquer l’enfant pour lui apprendre l’obéissance à l’adulte, qu’il faut bannir toute forme de contrainte pour que l’enfant puisse s’épanouir librement et qu’il faut viser le développement de son autonomie en faisant une large place à la participation, au dialogue et à la négociation dans l’éducation. Ce courant a prôné beaucoup trop précocement le développement de l’autonomie de l’enfant. L’accession à l’autonomie a cessé d’être le but éducatif suprême pour devenir une sorte de moyen et de but en soi : l’éducation par l’autodiscipline et l’autonomie, l’enfant étant un partenaire qui a son mot à dire, dont on sollicite l’avis sur tout et dont on satisfait tous les désirs. Du coup, l’enfant a intégré l’idée qu’il avait le droit de se prononcer sur tout et que son avis comptait autant que celui des adultes. La crainte de l’adulte a commencé à se dissiper, puis le non-respect des parents et des enseignants a fait son apparition.
Les tenants de cette conception participative de l’éducation ont malheureusement oublié que « traiter l’enfant comme une personne à part entière ne signifie pas le traiter comme une grande personne » (Guillou, 1999). Ils ont oublié que l’obéissance et l’expérience de la frustration sont des apprentissages essentiels et incontournables que l’enfant doit faire avant précisément de pouvoir devenir autonome. Dans cette perspective, l’obéissance à l’adulte, loin d’être un acte définitif de soumission, est en fait une étape transitoire et nécessaire sur le chemin qui conduit à l’obéissance à soi-même. S’il ne passe pas d’abord par ces étapes, l’enfant apprend en fait à commander et à imposer sa volonté de toute-puissance, en inversant la relation éducative. Il se sent paradoxalement très dé-sécurisé et n’accède pas à une véritable autonomie, mais à une pseudo autonomie immature et irresponsable, dans laquelle il reste assujetti à ses pulsions et ses désirs. L’expérience de la frustration est indispensable à la construction de l’identité, à la prise de conscience des contraintes et de l’existence d’autrui.
Les enfants qui n’obéissent pas, n’écoutent ni leurs parents ni leurs enseignants, qui font des caprices et des crises pour obtenir tout ce qu’ils désirent, sont le prix à payer pour une éducation qui s’est fourvoyée. La montée à la violence à laquelle on assiste aujourd’hui est étalement pour une part la conséquence de ces erreurs éducatives. Elle est en partie due au fait que certains enfants et adolescents n’ont pas fait suffisamment l’expérience de la sécurité et du respect durant leur enfance, qu’ils ont un seuil de tolérance à la frustration très bas et qu’ils vivent toute confrontation avec la réalité comme une violence. Devant le nombre croissant d’enfants qui deviennent difficiles et même incontrôlables parce qu’on les a précisément poussés trop tôt dans une autonomie qu’ils n’avaient pas la force d’assumer et qui les a dé sécurisés, il est temps de reprendre conscience que l’apprentissage des règles de la vie sociale passe par un développement en plusieurs étapes, qui sont clairement jalonnées. Si elle est un des objectifs suprêmes de l’éducation à atteindre vers la fin de l’adolescence, l’autonomie n’est certainement pas à infliger durant la petite enfance et dans les degrés enfantin et primaire de la scolarité....
« N'oublions pas qu' apprendre , c'est d'abord rencontrer des limites et des règles, c'est pouvoir se confronter à ses insuffisances, c'est accepter d'abandonner ses certitudes , c'est être capable d'integrer un groupe sans en être le leader , c'est accepter d'être comparé, d'être jugé, de se soumettre. Autant de données qui ne sont pas évidentes à admettre. Elles le sont encore moins pour tous ceux qui ont grandi et se sont construits sur l'absence de reperes et de contraintes , sur le refus de la frustration, sur l'illusion de deja savoir, sur le tout, tout de suite et l'exclusivité dans la relation et ils sont nombreux. » (Boimare,2004,p27)
Gestion de classes et d'eleves difficiles
(Jean Claude Richoz)
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