A PROPOS D’AUTORITE
Les enseignants (ou éducateurs) disent recourir à leur autorité pour « faire régner la discipline ». L’autorité prend deux formes fort différentes. L’une est efficace, l’autre inefficace.
a) L’autorité « compétence »
L’autorité peut signifier la compétence. On dit : «C’est une autorité en la matière». Cette autorité est méritée, car elle repose sur une sagesse valable, sur des talents utiles. Les enseignants (ou éducateurs) ont une influence sur leur élève selon leurs connaissances et compétences. Recourir à cette autorité pour influencer les élèves est évidemment normal dans le rôle de l’enseignant. L’autorité basée sur la compétence n’engendre pas de conflits en classe.
b) L’autorité « pouvoir »
L’autorité pouvoir des enseignants repose sur leur capacité de récompenser et de punir leurs élèves. L’enseignant a le pouvoir de récompenser parce que ses élèves dépendent de lui. Les enseignants surtout ceux qui s’occupent des petits, possèdent les moyens de satisfaire la majorité des besoins de leurs élèves. Au fur et a mesure que ceux-ci grandissent et deviennent plus « autonomes », ce pouvoir décroit. Quant les enseignants disent : « De nos jours, les enfants ne respectent plus «l’autorité», ils veulent dire que les récompenses et les punitions sont inefficaces.
Les limites de l'autorité pouvoir
L'autorité pouvoir vise à contrôler les élèves ( ou enfants). Le pouvoir a des limites et comporte des dangers.
Les éducateurs (parents et enseignants) perdent progressivement leur pouvoir. Tant que les élèves (ou enfants) dépendent des adultes, l'éducateur jouit de son pouvoir. Comme les très jeunes enfants dépendent beaucoup des adultes, ils recherchent les récompenses. Plus ils grandissent et peuvent eux-mêmes satisfaire leurs besoins, plus l'éducateur perd le pouvoir de les récompenser. C'est pourquoi ceux qui enseignent aux adolescents constatent que les récompenses n'ont plus le même effet qu'avec les enfants.
Les éducateurs perdent aussi leur pouvoir de punir au fur et à mesure que les enfants grandissent. Ceux qui enseignent aux plus jeunes comptent habituellement beaucoup sur les punitions. Ils les punissent non seulement en les privant de ce dont ils ont besoin, mais parfois aussi en adoptant des mesures qui indisposent et font souffrir les enfants physiquement ou psychologiquement : gronder ouvertement un enfant, lui imposer des devoirs supplémentaires, lui attribuer une basse note, le mettre en retenue, le tourner en ridicule, l'humilier, l'invectiver, l'expulser de la classe ou de l'école, le mettre debout dans un coin de la classe, le contraindre à faire certains exercices, envoyer des rapports à ses parents, et mille autres vexations du même genre. Les enfants cèdent aux exigences de leurs éducateurs par peur des conséquences. La punition fonctionne tant que les élèves ont peur.
Mais les jeunes sont de moins en moins sensibles aux punitions et le pouvoir de l'éducateur diminue en même temps que leur crainte. Résultat : pas de peur, pas de soumission.
Pour que les jeunes s’auto-disciplinent, ils doivent modifier leur comportement par choix et non par peur.
Les jeunes ne se révoltent pas contre tous les adultes ; ils se révoltent contre ceux qui font usage (abusif) de leur pouvoir contre eux.
Enseignants efficaces (Enseigner et être soi même)
(Thomas Gordon )







